Un mouvement ouvrier de 6 mois réprimé dans le sang, la torture et l'arrestation des dirigeants syndicaux, n'y a-t-il que le Monde Diplomatique pour en parler de ce côté-ci de cette merveilleuse mer?
Ce n'est pas assez sexy pour les médias "grand public" sans doute, et surtout ne faut-il jamais trop encourager les peuples à hausser le niveau de leurs exigences...
D'autant que de ce côté-ci, il s'agit de les faire ravaler, les exigences des européens, et tout particulièrement celles des français. Si l'on en juge par les déclarations de Sarkozy qui "rassurait" samedi ses collègues européens sur l'état avancé de dressage des français au comportement ultralibéral, de mémoire "La France est en train de changer...en profondeur (...) ... Désormais quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit."
extraits:
"Depuis le début de cette année, à quatre cents kilomètres au sud-ouest de Tunis, la population d'un bastion ouvrier, souvent rebelle par le passé , se construit ainsi sa propre histoire dans une révolte soudée, rageuse et fière. Elle affronte sans faillir une stratégie gouvernementale faite d'encerclement et de harcèlement policiers d'un côté, de contrôle des médias de l'autre.
Tout commence le 5 janvier 2008, jour où sont publiés les résultats, jugés frauduleux, du concours d’embauche de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), l'unique moteur économique de la région. De jeunes chômeurs occupent alors le siège régional de la centrale syndicale à Redeyef. Ils sont rejoints par les veuves des mineurs et leurs familles, qui installent leurs tentes devant le bâtiment. Le mouvement s'étend rapidement. Ouvriers, chômeurs, lycéens et habitants multiplient les grèves, les actions et les rassemblements. Sur fond de grande pauvreté et de flambée des prix, tous protestent contre la corruption d'un système local népotique et contre une politique de l'emploi injuste. (...)
L'extraction des richesses du sous-sol s'y est faite, dès les origines, selon les méthodes typiques du modèle colonial : accaparement des terres par l'expropriation brutale des populations indigènes ; exploitation intensive des ressources naturelles ; extraction à forte consommation de vies humaines et à forte production de déchets polluants ; rapports de travail et de pouvoir appuyés sur les allégeances clientélistes, claniques et familiales . (...)
(...)En dépit du contrôle étatique des médias, le soulèvement de cette région enclavée, représente le mouvement social le plus long, le plus puissant et le plus mûr qu'ait connu l'histoire récente de la Tunisie.
Le pouvoir y a répondu par une répression de plus en plus brutale qui a fait au moins deux morts, des dizaines de blessés et de détenus. Des familles ont été brutalisées, des biens privés saccagés. Le déploiement d'unités blindées de l'armée a renforcé le siège du bassin minier durant le mois de juin. L'escalade de la violence d'Etat se manifeste par l'utilisation de balles réelles, la multiplication des enlèvements de jeunes pour interrogatoire et emprisonnement, et par des ratissages militaires dans les montagnes environnantes, en vue de retrouver ceux qui tentent d’échapper à la torture. (...)"
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