Article publié sur le site Philosophique et politique
de Denis Collin
Du libéralisme au pouvoir sans limite
paru dans le n° 6/7 de la revue Mortibus
Au programme
"-Une brève histoire du capitalisme au siècle dernier
-Le nouvel ordre mondial
-Trahison des idéaux du libéralisme ?
-La face noire du libéralisme : la domination absolue"
Extrait:
"(...)Sous des formes moins brutales que dans les années 1930, enrobées d’un sirupeux discours compassionnel, c’est la marche au pouvoir total qui constitue le trait commun de toutes les transformations politiques et juridiques dans les États « démocratiques ». De ce point de vue, la Russie et la Chine ne sont ni des exceptions, ni des manifestations de la difficulté à passer d’un régime communiste à un « État de droit ». Le pouvoir de Poutine sur les médias et la puissance de la police russe, de la police politique en particulier, sont des modèles sur lesquels se calquent peu ou prou les autres pays. Dans la dernière campagne présidentielle, la France s’est alignée sur l’Italie de Berlusconi, mais plus sûrement encore sur la Russie de Poutine. Les relations de la présidence française avec les grands groupes financiers ressemblent d’ailleurs fort aux relations que le pouvoir russe entretient avec son oligarchie. Quant aux prochains jeux olympiques à Pékin, outre leur intérêt évident pour le big business et l’abrutissement des foules selon les recettes éprouvées dès l’empire romain, ils consacreront l’entrée de la Chine dans le monde des « démocraties » telles qu’on les comprend aujourd’hui. Les patrons veulent ramener le sort des ouvriers américains, français ou allemands au sort des ouvriers chinois. L’idéal pour parvenir à cette fin serait en effet d’adopter le modèle politique en vigueur à Pékin avec parti unique (pour cela nous sommes très bien partis) et syndicats entièrement intégrés à l’État (là aussi, les choses vont bon train !).
George Bush avait baptisé l’opération en Afghanistan, et ses prolongements comme Guantanamo, « justice sans limites ». On pouvait guère imaginer formule plus heureuse ! La justice étant par définition l’art de définir des limites et de les faire respecter, l’oxymore « justice sans limites », tiré tout droit de l’arsenal de la novlangue de 1984, exprime exactement ce qui est en question, la mise en place d’un pouvoir sans limites.(...)