
"Le Masque de Fer, la mafia, le centième nom de Dieu qui ne sera révélé qu'à la fin des temps, l'assassin de Kennedy, les pyramides, l'omelette de la mère Poulard et le code d'une carte de crédit ont un point commun: le secret. La notion est large mais qu'est-ce qu'un secret?
Le mot s'emploie abusivement pour désigner tout ce qui est mal connu, difficile à comprendre ou à imiter. Ou encore ce qui n'a pas été expliqué par la science, voire qui n'est pas encore révélé ou public. Or, tout ce qui est inconnu, tout ce qui nous échappe, tout ce qui excède notre intelligence ou notre science n'est pas pour autant secret. Le vrai secret est une connaissance que son détenteur rend délibérément inaccessible.
Pas de secret sans gardien. Cela implique un enjeu, un pouvoir latent, une richesse. Le secret est souvent menacé et parfois maintenu à grand effort ou à grand risque. Sa définition suppose au moins trois éléments. Il faut d'abord un objet au secret: une information, un document, un produit, une technique. Il faut aussi un détenteur qui entend conserver l'exclusivité ou en empêcher la divulgation. Puis il faut que quelqu'un, individu ou groupe, soupçonne l'importance du secret et veuille se l'approprier. Ou du moins qu'il existe un tel risque. le secret est toujours un secret pour quelqu'un et contre quelqu'un. Y compris ceux que chacun cache à soi-même et dont nous entretient la psychanalyse. En grec, le 'secret se dit "aporritos": ce qui doit être séparé de la parole, indicible, mais aporritos signifie aussi 'horrible'.
Extrait de l'introduction de l'ouvrage "Histoire des Secrets de la guerre du feu à l'internet" Edith et François-Bernard Huyghe
A l'heure où le secret d'état et ses limites devrait être l'objet de débat public, j'ai pensé que cette présentation de la notion de secret en redéfinissait bien les traits essentiels.