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j-jour Le réveil a enfin sonné

j-jour Le réveil a enfin sonné

Si nous ne nous occupons pas de ce qui nous regarde, qui le fera? Et qui le fera bien?


Pour peu qu'on veuille éviter le pire..mais le veut-on vraiment?

Publié par j-jour sur 28 Août 2006, 15:41pm

Catégories : #En voie de disparition

A lire :

Article entier:

Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ? par Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond (Le Monde, 18 août 2006)

Extraits des Derniers paragraphes

"(...)Reste aussi qu'en ouvrant un troisième front au Liban (et virtuellement en Syrie), en se lançant dans une opération de guerre totale qui frappe avant tout la population civile et en faisant simultanément la preuve de l'inefficacité de son armée en face d'un mouvement de guérilla, comme les Etats-Unis sont en train d'en faire l'expérience de leur côté, Israël est entré dans une ère nouvelle qui ne promet rien de bon, ni pour lui ni pour ses voisins. Il fait reculer à perte de vue les possibilités d'un règlement pacifique avec les Palestiniens et avec l'ensemble des pays du Moyen-Orient. Il met sa propre existence en danger comme jamais. C'est donc un tournant stratégique dans cette violente histoire à quoi nous assistons. On n'en évitera pas les conséquences. A terme les Etats-Unis échoueront dans leur entreprise néo-impériale, si ce n'est déjà fait, mais ils se retireront en laissant derrière eux un champ de ruines, et des adversaires surarmés et fanatisés, des populations défiantes ou haineuses envers tout ce qui vient de "l'Occident". Israël ne survivra contre un environnement plus hostile que jamais qu'en maintenant ses propres citoyens en état de mobilisation permanente, en multipliant les fortifications intérieures, les "zones tampon" rasées au sol pour y empêcher l'implantation de guérilleros, et les opérations de "dissuasion" massive contre les Etats de la région – y compris peut-être nucléaires. Cela durera dix, vingt ou cinquante ans avant l'effondrement, mais dans l'intervalle il est probable aussi que les nations palestinienne et libanaise (n'en évoquons pas d'autre pour l'instant) auront subi une atteinte irréversible. L'échéance exacte est incalculable, mais l'engrenage est implacable, et c'est maintenant que les choses se jouent.

Que faire contre une fatalité dont les hommes, les idéologies, les intérêts de puissance et les systèmes politiques sont les agents, quand, ayant laissé passer les occasions d'intervenir aux côtés des plus faibles, ou des moins fous, on est au-delà de l'urgence et que tout paraît joué ? Cette question se pose en particulier à l'Europe, avec une acuité d'autant plus grande qu'il ne s'agit pas pour elle d'événements lointains aux conséquences hypothétiques, mais d'une histoire qui est aussi la sienne, dans laquelle elle est impliquée par le voisinage, les échanges de populations, les intérêts économiques et culturels, les responsabilités passées et présentes (à commencer par celle de la colonisation et celle de l'extermination des juifs d'Europe qui a rendu possible la réalisation du projet sioniste). Sans doute est-ce dans le moment de la plus grande difficulté, et du plus grand danger commun, qu'il faut fournir le plus grand effort d'imagination et de volonté pour renverser le cours des choses, et donc pour les apercevoir dans leur exactitude.

Devant l'accentuation du militarisme israélien et sa "réponse" à des actions de partisans dont certaines relèvent du terrorisme – une réponse non pas "disproportionnée" comme on dit mais qui prend la forme suicidaire de véritables crimes de guerre – l'Europe n'a pas à faire preuve de complaisance, en ruminant encore et toujours sa mauvaise conscience. Il faut au contraire qu'elle mette en œuvre tous les moyens de pression et de conviction dont elle dispose, à commencer par la suspension temporaire des accords de coopération économique et scientifique privilégiés qui la lient à Israël. Au besoin en répudiant l'unanimisme et en allant pour cela contre la volonté et les manœuvres dilatoires de certains gouvernements plus directement inféodés aux Etats-Unis. De toute façon en prenant décidément ses distances avec ceux-ci, aussi longtemps que leur politique reste dominée par les mêmes forces théologico-impériales. Il faut surtout qu'elle replace la politique internationale, pour ce qui dépend d'elle (et ce n'est pas rien), non seulement sur le terrain des situations historiques réelles, mais sur celui du droit. Ce qui veut dire très concrètement : réclamer à nouveau, en passant s'il le faut par l'Assemblée générale, l'application de toutes les résolutions des Nations unies concernant la Palestine et le Moyen-Orient, et non pas seulement de certaines d'entre elles (fussent-elles les dernières en date), et donc s'engager en faveur d'une autorité réelle des Nations unies, dont le secrétaire général et la Commission aux droits de l'homme prêchent aujourd'hui dans le désert. Inverser dès aujourd'hui, même s'il y a lieu de penser pour l'avenir à une réforme de l'organisation internationale, la spirale descendante du droit et de la sécurité collective qui s'est enclenchée avec l'invasion de l'Irak et qui est en train de la précipiter vers la même faillite que la SDN en son temps.

Il faut enfin que l'Europe se situe délibérément dans la perspective de construction d'un espace méditerranéen de coopération et de négociation, ou d'une "conférence" régionale permanente de tous les peuples méditerranéens. Les Etats-Unis ou la Russie pourraient certes y avoir une place d'observateur au même titre que l'Iran ou l'Irak, mais ses membres "naturels" sont ceux qui jouxtent la mer commune et qui en ont fait l'histoire. Un tel espace est par définition hétérogène : multiculturel, pluriconfessionnel, politiquement diversifié, traversé d'intérêts économiques et démographiques opposés. Il est donc inévitablement conflictuel. Il ne garantit pas automatiquement la paix. Mais il constitue le seul antidote imaginable à la logique du choc des civilisations, de nature à faire reculer l'intégrisme en même temps que le racisme postcolonial, l'antisémitisme et l'islamophobie. La constitution d'un espace politique méditerranéen donnerait enfin à Israël la possibilité de sortir de sa dépendance exclusive par rapport aux Etats-Unis en le rapprochant à la fois des pays du Nord et du Sud d'où, après tout, provient la majorité de sa population. Symétriquement elle permettrait aux Palestiniens et aux Libanais d'échapper à une relation trop contraignante avec le seul monde arabe. Un tel espace pourrait offrir à terme à Israël une garantie de sécurité collective en échange de sa mutation pacifique, en même temps qu'il redonnerait aux Palestiniens (et désormais aux Libanais) confiance dans les moyens du droit et de la négociation pour faire triompher leurs revendications d'égalité, d'indépendance et de justice. Quand nous disons "il faut", c'est bien entendu "il faudrait" qu'on doit lire. Il faudrait, pour peu qu'on veuille éviter le pire. Mais le veut-on vraiment ? La question est posée non seulement aux gouvernements, mais à tous."

Etienne Balibar est philosophe, professeur émérite à l'université de Paris-X Nanterre, distinguished professor of humanities, university of California Irvine.

Jean-Marc Lévy-Leblond est physicien, professeur émérite à l'université de Nice-Sophia Antipolis, directeur de la revue Alliage

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