La privatisation du monde blanc telle que Touiavii, chef de tribu de l'île de Samoa la voit avant 1920.
"Où que tu ailles chez le Papalagui et quoi que tu voies, que cela soit un fruit, un arbre, une eau, une forêt ou un petit tas de terre, toujours, partout il y a quelqu'un à côté qui dit: "C'est à moi! Fais attention de ne pas prendre ce qui est à moi!"
Si toutefois tu prends quelque chose, aussitôt il crie et t'appelle "voleur", mot qui jette une grande honte sur toi, et cela seulement parce que tu t'es permis de toucher au mien de ton prochain. Ses amis et les serviteurs des plus grands chefs arrivent et te lient avec des chaînes, t'amènent au falé poui poui(1), et tu es exclu le reste de ta vie.
Ce qui appartient ou n'appartient pas à quelqu'un est exactement précisé par des lois spéciales, pour que personne ne prenne les choses qu'un autre a déclaré comme les siennes. Il y a en Europe des hommes qui ne font que veiller à ce que personne ne passe par-dessus ces lois, et à ce que rien ne soit pris au Papalagui de ce qu'il a pris lui-même. En faisant ainsi, il veut se donner l'impression d'avoir vraiment obtenu un droit, comme si Dieu lui avait cédé son domaine pour tous les temps. Comme si le palmier, l'arbre, la fleur, la mer, le ciel et les nuages qui s'y promènent n'appartenaient vraiment qu'à lui."
Extraits du livre: "le Papalagui(1), les étonnants propos de Touiavii(2), chef de tribu, sur les hommes blancs". Editions Pocket.
(1)le Papalagui= l'homme blanc, l'étranger, littéralement le pourfendeur du Ciel - falé poui poui, vous l'aurez compris: prison
(2)Propos de Touiavii, recueillis dans l'île de Samoa, par Erich Scheurmann, peintre, écrivain, conteur, avant la première guerre mondiale, et publiés pour la première fois en 1920.
Sur la privatisation du monde en 2005 lire l'article du monde http://www.nouvelobs.com/articles/p2117/a269723.html
Ah! Touiavii! Si tu le lis...!