Conversation avec Dieu à propos d'Internet " de Christophe Gallaz:
Extrait
(...) "(..)Je me borne à soulever quelques questions. Je me demande ce que vous saurez rapporter de tout cela dans l'ordre réel, qu'on a précisément déjà vu, en d'autres moments de l'Histoire, être dramatiquement soumis par l'ordre virtuel: l'ordre réel des nations européennes au premier tiers de ce siècle, par exemple, être soumis par l'ordre virtuel aryen et pangermanique. – Nous n'en sommes pas là! – Pas là, mais pas loin. Vous résistez si mal, et si peu, à la dissolution du monde physique! L'autre année, quand fut annoncée la création du groupe chimique Novartis par fusion des deux entreprises bâloises Sandoz et Ciba-Geigy, les analystes exultèrent dans la mesure où croîtra sans doute la rentabilité du titre, et les syndicats furent catastrophés dans celle où 10000 postes de travail seront supprimés. Et quand les autorités administratives américaines annoncèrent la création de 700000 postes d'emploi durant le mois de février aux Etats-Unis, l'indice Dow Jones de Wall Street baissa presque simultanément de 3,08 points. A nouveau l'ordre virtuel, en l'occurrence les milieux boursiers, agressait l'ordre réel, celui des travailleurs et de leur destin – évidemment coûteux. – Tu ne nous fais pas confiance? – Vous faire confiance? Vous ne m'assignez que par intermittence cette fonction-là. Quand vous ne doutez pas de vous-mêmes, vous préférez me repousser dans les zones de votre indifférence, d'où je me contente alors de vous observer. Aujourd'hui, par exemple, je me réjouis de vous voir redéfinir la notion du travail. Jusqu'ici le travail visait à mettre les éléments du monde réel en cohérence, comme une sorte de réponse dialectique au plan métaphysique. Or Internet méconnaît ce genre de problématique, puisque pour lui tout est volatil. Comment vous accomplirez-vous, comme on dit? D'autant qu'en face de ce réseau, vous n'existez même plus. – Quoi? Que dis-Tu? – C'est une évidence. D'ailleurs, même les politiciens ne sauraient exister en face d'Internet. A l'aune de l'instantanéité et de l'ubiquité médiatiques, que pourrait devenir leur activité, qui consiste classiquement à pondérer les désirs collectifs sur un territoire et dans un temps finis? J'irais jusqu'à prétendre que la culture elle-même, dont Internet est vanté comme l'outil suprême, va probablement disparaître en tant que telle.(...)"