Il ne coûte pas grand chose à Monsieur Pascal Brückner de se défouler sur ce qu'il présente satiriquement comme la "magnifique conquête" des français, ce par quoi, nous dit-il, "nous sommes devenus depuis peu, grâce à la vigueur de notre peuple, un grand pays producteur de manifestations et de grèves", félicité d'entre les félicités, que les chômeurs auraient au fond d'eux-mêmes toujours en point de mire quand ils sont à la recherche d'un travail.
"Pas un jour, chez nous, sans des dizaines d'arrêts de travail et de protestations, jalousés par des chômeurs qui n'aspirent à un emploi que pour accéder au statut privilégié de gréviste", nous dit-il dans son article "La France dont je rêve" paru dans le Figaro en page "débats et opinions" le mardi 14 juin.
(les passages entre guillemets sont extraits de celui-ci, bien entendu)
Il ne m'en coûte à moi-même finalement pas grand chose, non plus de dire, en réaction à cet article, que je vois dans l'alambic de la forme satirique de ce dernier, où la complexité du monde et des français me paraît bien froidement évacuée, se sublimer la pensée suivante: En finir avec ce droit exaspérant de ces travailleurs qui osent nous faire c.... en usant de ce moyen encore laissé en leur pouvoir : le droit de grève.
J'ajouterai que ce droit me paraît, contre le courant du flux tendu du néo esclavage, justement un moyen de dire non :
Non, je ne veux pas, dans les conditions qu'on m'impose, échanger ma force de travail pendant quelques heures ou quelques jours contre leur argent. Il faut que je leur fasse comprendre, comment peuvent-ils comprendre?. Pas plus que quelques jours, car moi, ma famille, on ne survivrait pas. Trop de dettes.
Comme je l'ai dit, ça ne me coûte presque rien, d'écrire ici que je trouve que l'article de Pascal Brückner me paraît toucher à la dignité de la personne d'avoir encore le droit d'échanger volontairement sa force de travail.
Mais je pense que si ce droit là était menacé, le prix à payer pour beaucoup en deviendrait précisément insoutenable.