A lire sur le blog de Pierre Larrouturou:
"Pour en finir avec le « modèle américain »
Si nous voulons inventer du neuf, nous devons nous libérer de l'emprise de tel ou tel modèle par trop dominant. Or, qu'ils se l'avouent ou qu'ils se le cachent, nos dirigeants ont souvent en tête un idéal de fonctionnement économique : le modèle américain. Certes, ils en dénoncent les inégalités sociales mais ce système est, de fait, pris comme référence.
Il ne se passe guère de réunion de la Commission économie du Parti socialiste sans que l'un de nos leaders (ou l'un de ses éminents conseillers) ne souligne que la France a un retard de croissance par rapport aux Etats-Unis. « Aux Etats-Unis, le PIB par tête est supérieur de 30% à ce qu'il est en France... » nous dit-on assez souvent. Et chacun de baisser la tête un peu penaud. Dans cette mâle assemblée, personne n'aime qu'on lui dise en public que son « PIB par tête » est plus petit que celui du voisin...
« PIB par tête », ça fait chic. Ça fait propre. Mais derrière cette expression aseptisée, qu'en est-il vraiment du PIB américain ? Rattraper le niveau de PIB des Etats-Unis est-il vraiment un objectif pour notre pays ?
Notons d'abord que le premier facteur de croissance de l'économie américaine est la croissance de la démographie. A la mi-octobre, les Etats-Unis ont franchi le cap des 300 millions d'habitants. La population a augmenté de 13% en 10 ans. C'est considérable. Et cela a évidemment un impact très important sur la croissance : il faut nourrir, loger, habiller, soigner tous ces nouveaux Américains... Si l'on enlève ce facteur, le taux de croissance américain est beaucoup plus proche du taux de croissance français qu'on le pense en général : sur les vingt dernières années, «le PIB par tête a augmenté de 2 % en Amérique et de 1,6 % en France, notait Jean-Marc Vittorri, éditorialiste des Echos, le 17 octobre. Autrement dit, l'essentiel de l'écart de croissance entre les deux pays vient de la démographie et non de la recherche, de la politique monétaire ou du marché du travail. Le dynamisme économique américain est d'abord là. »
Ne le dîtes pas à Nicolas Sarkozy, mais le principal ressort de la croissance américaine qu'il admire tant, c'est la démographie (les immigrés et leurs enfants, pour dire les choses franchement !)
Le deuxième facteur explicatif de la croissance américaine est le très haut niveau d'endettement : la dette des ménages américains représente 130% de leurs revenus disponibles - contre 60% en France.
On a dit plus haut à quel point la croissance américaine était fragile (dette totale égale à 250% du PIB !). C'est un énorme problème : les Etats-Unis n'auraient évidemment pas ce PIB s'ils ne pouvaient pas le financer à crédit. Et le système n'est pas durable. Mais, au delà de cette question du financement, quels sont les facteurs qui expliquent que les Américains aient un PIB par tête plus élevé que le notre ?
Les dépenses de santé, la consommation d'énergie, les dépenses d'alimentation, les frais financiers, les frais d'avocats, les dépenses de sécurité et les frais d'assurance sont l'explication essentielle du différentiel qui fait l'admiration de nos grands économistes.
Les Américains dépensent deux fois plus que nous pour la santé et cela ne les empêche pas d'avoir une espérance de vie plus faible que nous ! Mais en terme de PIB c'est un apport important : quand nous consacrons 10 unités de PIB à la santé, ils y consacrent presque 20 unités.
La consommation d'énergie est aussi bien plus importante aux Etats-Unis : grosses voitures, banlieues très étendues, air conditionné, banalisation des voyages en avion... La consommation d'énergie par habitant est 2,5 fois plus importante que chez nous ( Source Le Monde - Enerdata).
Les dépenses d'alimentation sont également nettement plus importantes que chez nous. Mais le taux d'obésité est lui aussi plus important : 64% des Américains sont en sur-poids et 27% sont obèses. En moyenne, un Etats-Unien consomme aujourd'hui 805 kilos de nourriture chaque année contre 679 kilos en 1970 ( 20% d'augmentation). Il est bon pour le PIB d'inciter les personnes à manger et à boire dés qu'elles en ont envie. C'est excellent pour le chiffre d'affaires des entreprises agroalimentaires, pour ceux qui fabriquent des vêtements pour personnes obèses, pour ceux qui fabriquent des aliments de régimes et des médicaments, mais l'obésité est devenue la deuxième cause de mortalité aux Etats-Unis (350.000 morts l'an dernier) et sera sans doute devant le cancer dans ce macabre classement d'ici 2010 !
Il y a deux ans, une des photos qui a le plus frappé les esprits aux Etats-Unis (photo primée dans un grand concours) représentait un adolescent de 16 ans, tellement gros qu'il ne peut plus se déplacer et qu'il doit rester toute la journée couché sur son lit... Une photo terrible, insupportable.
Bombardés de publicités qui les incitent à manger (ou à boire des sodas sucrés) dés qu'ils en ont envie, 17% des jeunes de moins de 20 ans sont obèses aux Etats-Unis. C'est très bon en terme de PIB mais est-ce ainsi que nous voulons vivre ? "
La suite de l'article développe les titres suivants http://www.urgencesociale.fr/articles/modele-americain/