J'essaie devant le tableau de la soi-disant dextre victoire écrasante et la dite sinistre déconfiture de prendre un peu de recul, pour voir si d'aventure, un dessin fondu dans le paysage surgirait à l'observation.
Je remarque que le Parti Socialiste a eu recours à plusieurs reprises à la consultation démocratique de ses adhérents face à des choix qui, une fois faits, étaient sensés servir de ligne de conduite à l'ensemble de ceux à qui il avait été donné de se prononcer: le Référendum sur le Traité Constitutionnel, l'élection par des primaires du candidat désigné pour l'élection présidentielle. Or, si démocratie bien ordonnée commence par soi-même, elle semble, dans le cas du PS, ne pas être allée jusqu'au bout en profondeur, pour ce qui est de l'adhésion, du consentement plein et entier de tous les participants.
Le Parti Socialiste y a en effet bien eu recours en interne- pour le référendum sur le Traité de Constitution Européenne, il s'agissait de défendre la ligne majoritairement suivie, entre le OUI et le NON. [Mémo: Qui vote quoi, ]
Que se passa-t-il ensuite ? Refus de certains de se discipliner à l'expression de la « volonté majoritaire » en l'occurrence le OUI, procédure de vote contestée, campagne dissonante, déchirure interne, dont on dit qu'une synthèse aurait été tirée, ce dont peu de personnes sont sans doute vraiment convaincues.
Pour la désignation du futur candidat à la présidentielle, le Parti Socialiste eut recours à des « élections primaires » Certes, l'UMP aussi; mais la candidature finale unique est-elle l'expression la plus emblématique d'une pratique démocratique digne de ce nom, il y a de quoi s'interroger, ce que d'aucuns ont fait; toujours est-il que, alors que l'UMP en arrive à « un Sarkozy sinon rien » au moment de désigner son candidat, le PS, lui, est passé par le choix d'une pluralité « démocratique » entre les trois personnalités que nous savons - je laisse de côté sans pour autant les négliger toutes les réserves, sur l'inscription massive d'adhérents qui, bien que socialistes de fraîche date, eurent le droit de se prononcer -seulement, une fois le choix « démocratiquement fait », il a transpiré pendant toute la campagne que certains n'avaient pas digéré ce choix et ne s'étaient pas inclinés, si ce n'est qu'en apparence, devant ce que la majorité des votes avait désigné. Les appels de socialistes « anonymes » les Gracques et les autres... à tel ou tel rapprochement, font partie de cette même intention de ne pas se plier. N'est-ce pas un peu la même chose qui s'est finalement aussi passée avec la gauche « antilibérale » où l'élection d'un candidat unique n'a pas été acceptée, suite à un processus de désignation par un vote au sein de comités très contesté ? Que doit-on en comprendre ? Que la customisation de tout et n'importe quoi de notre époque rend trop difficile, voire impossible d'accepter jusqu'au bout la règle qui veut que l'on se soumette à ce que d'autres, plus nombreux, choisissent ? Ou que le recours à des consultations démocratiques, pour peu qu'on daigne les pratiquer, ne souffre pas le moindre soupçon de ceux qui y participent? Que les procédures mêmes doivent être construites sur des bases que personne ne conteste ?