Les choses semblent complexes en Colombie. Or malgré toutes les occasions que l'on a eu récemment de parler de la libération des otages, les médias traditionnels s'en sont semble-t-il tenus dans l'ensemble à une présentation superficielle des évènements, sans nous apprendre grand chose sur les racines du mal et les forces en présence.
Un peu d'informations sur le web permet de comprendre qu'il 'y a a un conflit armé, qu' il y a des exactions de paramilitaires et de l'armée.
Certaines forces en présence veulent le taire, faire comme s'il n'y avait qu'une menace qualifiée de terroriste et continuer à garder la guerre secrète:
Une guerre qui représenterait d'après Oliver Stone pas moins d'un milliard de dollars par an d'investissements: Vétéran de la guerre du Vietnam, réalisateur primé aux Oscars de Platoon, Oliver Stone revient de la jungle colombienne où il aurait assisté aux dernières épisodes de l'échange non abouti d'otages et s'est lancé dans un réquisitoire acerbe contre le gouvernement de son pays, rapporte un article du Guardian, à qui il s'est confié:
"La guerre d'Uribe contre la drogue est menée avec le soutien du programme de Bush afin d'éliminer l'une des sources les plus abondantes de cocaine au monde. Stone voit ça comme un chapitre de plus dans la longue histoire d'interférence et d'exploitation des Etats-Unis en l'Amérique Latine, qui soutiennent les dictateurs quand c'est dans leur propre intérêt. Les Etats-Unis ont l'air de la traiter comme leur arrière cour. (...)
(...)C'est un grand investissement, je pense que ça représente presque un milliard de dollars par an maintenant. C'est l'équivalent d'une guerre secrète. De mon temps cela aurait été choquant, l'équivalent d'une guerre du Laos ou du Cambodge. Le pays grouille d'équipement militaire et américain, et de technologies de supervision- technologie satellite, technologie d'information. Tout cela existe pour les Farcs, je pense qu'ils le savent. Ils sont paranos et ont des raisons de l'être. Tous les Colombiens à qui j'ai parlé avaient peur des militaires, d'une façon ou d'une autre, ce sont eux les gens les plus dangereux pas les Farcs." (extrait traduit par j-jour de l'article en anglais )
"D’une manière ou d’une autre, cet affrontement complexe implique toute la population. Si les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) et leurs complices des forces de sécurité portent la responsabilité de l’immense majorité des homicides, « disparitions » et actes de torture, les guérillas se voient attribuer la plupart des enlèvements. On estime à environ trois mille (chiffre actuellement en baisse) le nombre des personnes victimes chaque année de ce fléau."
Il pose plusieurs questions, dont celle-ci:
(...) Pourquoi ce silence face aux exactions des paramilitaires et de l’armée ? L’Association des familles de détenus-disparus (Asfaddes) recense près de sept mille cas documentés de personnes enlevées depuis 1997 par les escadrons de la mort, et dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Qui placarde leurs portraits sur le fronton des mairies ? Pourquoi ne pas mener campagne, aussi, et en même temps, pour dénoncer une politique de criminalisation de la contestation sociale qui jette des centaines de Colombiens, dirigeants ou militants syndicaux et associatifs, dans les geôles de l’Etat ?
Que ce soit par la « rétention » de personnes dont les proches sont contraints à payer une rançon
(l’« impôt révolutionnaire » pour les insurgés), ou par les enlèvements politiques, les FARC violent le jus in bello – ensemble de règles de conduites moralement acceptables en temps de guerre. Ce « droit de la guerre » affirme que les populations civiles ne doivent jamais être considérées comme des cibles. D’après l’alinéa 1 (b) de l’article 3 commun aux quatre conventions de Genève (3) du 12 août 1948, et l’article 4-2 du protocole II additionnel de juin 1977, les FARC devraient libérer tous les kidnappés et otages « immédiatement, sans conditions et unilatéralement».
Ceci étant clairement affirmé, doit-on, en toute rigueur, considérer comme otage quiconque se trouve entre leurs mains ? Ne conviendrait-il pas plutôt de parler de combattants prisonniers lorsqu’on évoque le sort des trente-six officiers, sous-officiers et policiers capturés au combat (4) ? « Otages », MM. Thomas Howes, Keith Stansell et Marc Gonçalvez ? Employés de la société californienne Microwave Systems, sous-traitante du Pentagone, ils sont tombés aux mains des rebelles lors du crash de leur avion d’espionnage Cesna 208 Caravan, appartenant au gouvernement des Etats-Unis, le 12 février 2003, en zone de guerre, à Santana de las Hermosas (Caquetá). « Mercenaires» conviendrait davantage. Le glissement sémantique n’a rien d’anodin."
Un autre article très instructif qui remonte à 2005 donne un visage plus précis au conflit
"Colombie : conflit armé et environnement
(...)
Le paramilitarisme a signifié l’imposition de la logique du capital dans les régions à la marge, qui sont en général des zones de forêts présentant un intérêt pour la mise en œuvre d’un modèle agro-exportateur, d’extraction minière ou pour le trafic de drogue, de grands négoces dans l’économie globalisée. Ce modèle implique la mise en œuvre d’une stratégie intégrale de contrôle territorial, qui passe par la coercition de tous les pouvoirs publics et par le déploiement de réseaux de contrôle politique informels dans les zones urbaines et rurales.
La guerre en Colombie entraîne une profonde transformation dans toutes les sphères de la vie de la société colombienne, y compris l’environnement. Dans l’écologisme , entendu comme la relation de la société avec la nature et ses ressources, des réflexions apparaissent également sur les répercussions du conflit armé en Colombie, par rapport aux fumigations promues par le plan Colombie, au déplacement forcé de 3,5 millions de personnes et à l’instauration de formes de travail semi-féodales dans diverses régions du pays.
Aujourd’hui, nous assistons à un changement des scénarios de la guerre. Non seulement des actions militaires et répressives sont menées contre les communautés autonomes, mais des projets politico-économiques sont spécialement mis en oeuvre pour chercher à imposer un contrôle territorial et, par conséquent, la logique du capital. Le but est d’occuper les espaces dans toutes les sphères de la vie, y compris le territoire comme espace de création de richesses et d’exercice du pouvoir, sans la médiation de l’Etat comme garant des droits fondamentaux. L’occupation implique le contrôle par les organisations paramilitaires des moyens de communication et de production, ainsi que des organisations politiques et sociales existantes.
(...)
Avec la stratégie paramilitaire, c’est le démantèlement des groupes sociaux susceptibles d’avoir une quelconque position critique face à l’Etat et aux projets du capital qui est visé, parmi lesquels on trouve les communautés indigènes, paysannes et afro-descendantes. La destruction des mouvements sociaux et des expériences politiques autonomes, menée à bien par les actions d’extermination des paramilitaires et par la persécution de l’Etat, signifie l’élimination d’alternatives à l’« administration » par l’Etat de l’environnement, qui impose une vision marchande et simple se résumant à la conservation et à l’exploitation.
La guerre en Colombie change tous les jours. Le nombre des morts augmente jour après jour et l’impunité veut se légitimer grâce à la protection de l’actuel régime. Les chiffres exacts de la guerre ne sont pas connus, et devant le voile de désinformation promu par l’Etat, on ne peut que faire quelques déductions par rapport à ce qui se passe. Il existe des régions inaccessibles dans lesquelles on dit que règnent des conditions d’exploitation humaine pires que l’esclavage. On a connaissance de la dévastation d’immenses régions forestières par l’ensemencement de cultures illicites ou de palme africaine, du vol de terres fertiles par quelques chefs paramilitaires, et de l’intensification du business lié au trafic de drogue, tout cela étant protégé par l’impunité et le silence des tombes." (...)extraits