Ce que j'entends dans la bouche de bon nombre de politiciens à gauche comme à droite, c'est un langage préformaté, préprogrammé, plein de calculs, de formulations maîtrisées, précautioneuses, appréhensives du moindre faux pas, "grises", de cette teinte qui domine à certaines heures du matin l'intérieur des TGV. Il y manque la vulnérabilité, l'imprévisibilité, la spontanéité, l'enthousiasme, l'énergie, les couleurs, la vie.
On ne peut sans doute pas reprocher à quelqu'un sa façon de parler. Mais je suis presque certaine que c'est leur façon de ne pas parler dont il est question. Et je donnerais beaucoup pour entendre, de ses professionnels de la "langue de bois", le langage qu'ils cachent bien profond dans leur être, au point de l'oublier.
Il y en a qui ont compris que "le peuple" ne voulait plus entendre cette langue de bois, et qui clament leur trouvaille à tue-tête, mais ceux-là donnent l'impression de vouloir transformer le "bois" en manche à balai, matraque, ou même sceptre dans leurs rêves les plus fous.
Les quelques coups de gueules entendus çà et là, à l'assemblée nationale comme au parlement européen, plus fréquents que jamais depuis le moment du référendum, me donnent cependant un brin d'espoir: Que les langues se délient, que les poumons s'ouvrent, que la respiration reprend ses droits, que l'on va peut-être retrouver, après quelques "aboiements", échauffements, éclaircissements maladroits et peu harmonieux, de vraies voix bien humaines à même de transmettre le fleuri d'un langage qui, arrêtant de s'écouter lui-même pour prendre le risque d'écouter les autres, aura toutes les chances de nous parler vraiment. De la "chose" qui nous réunit. La "chose" publique.