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j-jour Le réveil a enfin sonné

j-jour Le réveil a enfin sonné

Si nous ne nous occupons pas de ce qui nous regarde, qui le fera? Et qui le fera bien?


La main invisible et le poing de fer

Publié par j-jour sur 4 Juillet 2007, 11:13am

Catégories : #La chose publique et nous

Extrait d'une entrevue avec Loïc Wacquant consécutif à la sortie de son livre Prisons de la Misère en 1999
saisissant de lucidité à l'épreuve de ce que nous voyons  se dessiner un peu plus dans les politiques actuelles
:

Extraits(...)La prison, supposée faire respecter la loi, est en fait, de par son organisation même, une institution hors-la-loi. Censée porter remède à l’insécurité et la précarité, elle ne fait que les concentrer et les intensifier, mais tant qu’elle les rend invisibles, on ne lui demande rien de plus.
Pour qui se soucie réellement des conditions d’accueil et de vie des détenus, il n’était pas besoin d’attendre la publication du journal du docteur Vasseur. Il suffisait de parcourir telle étude du Ministère de la Justice datée de 1997 — ou celles qui l’ont précédée de loin en loin — qui relevait qu’un reclus sur quatre en maison d’arrêt vit dans des conditions «très difficiles, voire alarmantes», enfermé 22 heures par jour à deux, trois ou quatre dans moins de 9m2 dans des conditions d’hygiène épouvantables. Dans nombre de centrales, comme celle de Nantes, les condamnés à des peines courant jusqu’à cinq ans croupissent à deux dans des cellules individuelles offrant moins de 2m2 disponibles après qu’on y ait casé tant bien que mal le mobilier supplémentaire : à quand la «tolérance zéro» pour ces violations systématiques de l’article 716 du Code de procédure pénale qui stipule l’encellulement individuel ? Tout le reste, traitements brutaux et propos racistes, humiliation des familles et des visiteurs, misère matérielle et violences quotidiennes, est depuis longtemps très bien documenté.
Mais, surtout, ce débat a soigneusement éludé la question de fond, à savoir: à quoi donc peut servir la prison au vingt-et-unième siècle ? On s’apercevrait, si on la posait, que nul ne sait plus pourquoi au juste on enferme les gens. On invoque rituellement la philosophie thérapeutique et on continue de (se) faire croire que la prison a pour mission de « réformer » et de « réinsérer » ses pensionnaires, alors que tout, de l’architecture à l’organisation du travail des surveillants en passant par l’indigence des ressources institutionnelles (travail, formation, scolarité, santé), le tarissement délibéré de la libération en conditionnelle et l’absence de mesures concrètes d’aide à la sortie, la nie. Il suffit de citer ce surveillant de maison centrale qui disait : «La réinsertion donne bonne conscience à certains. Pas à des gens comme moi, mais aux politiques. En maison d’arrêt c’est pareil. Combien j’en ai vu me dire, “chef, vous inquiétez pas, je reviendrai jamais !” et paf ! six mois après… La réinsertion, c’est pas en prison qu’on la fait. C’est trop tard. Faut insérer les gens en donnant du travail, une égalité des chances au départ, à l’école. Faut faire de l’insertion.»
(3) Mais on est infichu d’« insérer » les jeunes chômeurs et les Rmistes, alors vous pensez, les repris de justice !
(...)

"Dans Les Prisons de la misère, vous avancez la thèse selon laquelle il existe un lien étroit entre la montée du néolibéralisme et le renforcement des politiques sécuritaires, aux États-Unis d’abord, en Europe ensuite. Vous résumez cette évolution par une formule  lapidaire : «Effacement de l’État économique, abaissement de l’État social, renforcement et glorification de l’État pénal».

Cette formule a pour but d’indiquer qu’on ne peut pas comprendre les politiques policières et pénitentiaires dans nos sociétés sans les replacer dans le cadre d’une transformation plus large de l’État, transformation elle-même liée aux mutations de l’emploi et au basculement du rapport de forces entre classes et groupes qui luttent pour son contrôle. Et, dans cette lutte, c’est le grand patronat et les fractions «modernisatrices» de la bourgeoisie et de la noblesse d’État qui, alliées sous la bannière du néolibéralisme, ont pris le dessus et engagé une vaste campagne de sape de la puissance publique. Dérégulation sociale, montée du salariat précaire (sur fond de chômage de masse en Europe et de «misère laborieuse» en Amérique), et regain de l’État punitif vont de pair : la « main invisible » du marché du travail précarisé trouve son complément institutionnel dans le «poing de fer» de l’État qui se redéploie de sorte à juguler les désordres générés par la diffusion de l’insécurité sociale. À la régulation des classes populaires par ce que Pierre Bourdieu appelle «la main gauche» de l’État, symbolisée par l’éducation, la santé, l’assistance et logement social, se substitue (aux États-Unis) ou se surajoute (en Europe) la régulation par sa «main droite», police, justice, et prison, de plus en plus active et intrusive dans les zones inférieures de l’espace social. La réaffirmation obsessionnelle du « droit à la sécurité », l’intérêt et les moyens accrus accordés aux fonctions de maintien de l’ordre viennent à point nommé pour combler le déficit de légitimité dont souffrent les responsables politiques, du fait même qu’ils ont abjuré les missions de l’État en matière économique et sociale.
Bref, le virage sécuritaire négocié par le gouvernement Jospin en France en 1997 (ou par celui de Tony Blair et de Massimo D’Alema l’année d’avant), n’a pas grand lien avec la prétendue «explosion de la délinquance des jeunes», dont la statistique officielle montre qu’elle n’est qu’un petit pétard
(5) — pas plus qu’avec les fameuses «violences urbaines» (terme qui est un non-sens statistique et sociologique) qui ont récemment envahi les médias. Ce virage sécuritaire a en revanche beaucoup à voir avec la généralisation du salariat précaire et l’instauration d’un régime politique qui permettra de l’imposer. Régime que je qualifie de «libéral-paternaliste» car il est libéral en haut, à l’égard des entreprises et des catégories privilégiées, et paternaliste et punitif en bas, envers ceux qui se trouvent pris en tenaille par la restructuration de l’emploi et le recul des protections sociales ou leur reconversion en instrument de surveillance. "

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R
D'autant plus que: voyez l'expérience dite de la prison de Stanford, les ravages qu'en à peine quelques jours a causé chz des gens au départ tout à fait "normaux"le fait d'être choisi par hasard comme prisonniers ou comme gardiens de cette expérience qui en dit long<br /> http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Stanford<br /> Expérience de Stanford - Wikipédia
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